15 août 2006

Libre Expression, Lettre à Arnaud

Le texte suivant est proposé par des camarades
membres du CA de RM75
(Ralph Zurmely/Edmond Aparicio)
ou membre RM75
(Mickael Vaillant)
et repris dans ces colonnes à la demande de R.Zurmely.


J'ai accepté de le reprendre, in extenso, afin de contribuer
au débat et au pluralisme militant qui doit s'étendre aussi
sur le net et dans nos sections,
et montrer qu'un militant rénovateur
(quels que soient ses fonctions) se doit d'être tolérant
et réceptif à des échanges sur des bases différentes.
Il va de soi que les argumentations défendues
n'engagent que leurs auteurs,
mais méritent d'être mises à la disposition
de nos militants.


J.Lacassagne, RM75, section PS 13éme ouest



Lettre à Arnaud Montebourg
et à la direction de RM

L’hypothèse d’une candidature d’Arnaud Montebourg à la désignation du candidat socialiste à la présidentielle de 2007 est aujourd’hui enterrée.

C’est le choix personnel d’un homme politique libre de se jeter ou non dans une épreuve où, dit-on, s’accomplit la rencontre providentielle d’un homme ou d’une femme avec la France.
Arnaud Montebourg a estimé en son âme et conscience que les conditions n’étaient pas réunies pour aller au bout d’une démarche soutenue par l’immense majorité des militants de Rénover maintenant. Nous regrettons cette décision, mais nous la respectons.

En son âme et conscience, il a dans un même élan « fait un pas, personnel mais déterminé », dans le sens d’un ralliement à la candidature de Ségolène Royal.

Alors, cher camarade Arnaud, permets-nous de rappeler ici quelques évidences qui nous ont paru former, dans le refus avec toi de la synthèse imposée par la direction du parti socialiste
au Mans, le ciment de notre engagement commun à Rénover maintenant.

À l’inverse des pratiques anti-démocratiques qui minent depuis tant d’années le Parti socialiste, nous pensons encore que « la difficile question du choix » d’un éventuel ralliement de notre mouvement à un candidat devrait être collectivement tranchée et non être du ressort de la seule direction de RM, aussi « éclairée » soit-elle.

Certes, RM s’est doté de représentants ayant pour charge de décider des orientations du mouvement. Partisans de la 6ème République, nous sommes bien sûr de fervents défenseurs de la démocratie représentative.

Mais à engagement exceptionnel – le choix d’un candidat ou d’un projet – nous demandons une procédure exceptionnelle, à l'instar de ce qui existe en matière constitutionnelle avec le recours au « référendum ». Une procédure visant à consulter l’ensemble des militants pour décider de l’opportunité d’un ralliement immédiat ou prendre le parti d’une neutralité active de RM jusqu’à la désignation officielle du candidat des socialistes.

Il n’y a pas, lorsque l’on est chef d’un parti ou d’un courant, de choix personnel qui n’engage les militants qui ont fait le choix de se placer derrière un homme et les idées qu’il incarne.

D’autre part, l’argument même selon lequel « il nous faut désormais choisir, parce que nous n’avons plus le choix » n’est pas admissible, sauf à accepter aujourd’hui ce que nous critiquions hier : la tyrannie d’une logique présidentialiste, cette logique folle qui ordonne toute la vie du parti et qui devrait commander aujourd’hui les choix des rénovateurs.

Il n’y a pas plus d’obligation maintenant à prendre position dans cette bataille présidentielle interne au PS qu’il n’y avait hier d’obligation à rallier la synthèse. Cohérents avec nous-mêmes nous pensons au contraire que refuser la fatalité de l’alignement pavlovien sur une écurie présidentielle c’est faire là un acte politique fondateur ; celui de la continuité dans l’action qui nous permettra peut-être un jour d’apparaître aux yeux des socialistes d’abord et des français ensuite comme l’ultime recours aux alliances de circonstance et aux errements stériles d’une 5ème République déclinante.



Enfin, l’important crédit politique et moral que tu as acquis, Arnaud, en refusant la synthèse au Mans, bien au-delà des rangs des militants encartés du parti socialiste, est en passe d’être dilapidé au vu des réactions dépitées et du malaise général que tes déclarations en faveur de Ségolène Royal ont suscité dernièrement.

Car comme beaucoup de militants et de sympathisants de RM nous pensons qu’un tel ralliement à cette candidature s’avère tout simplement contre-nature. Outre ses déclarations tonitruantes peu conformes aux valeurs traditionnelles de la gauche, Ségolène Royal est loin d’avoir fait la preuve que sa candidature présente les atouts du renouvellement : non seulement elle est la candidate de la synthèse mais elle apparaît également pour l’heure comme la fidèle représentante d’un appareil que nous n’avons cessé de dénoncer.

Mais comme toi, Arnaud, nous voulons faire gagner la gauche en 2007.

Face au carnage des politiques ultra-libérales de la droite, il est temps d’opposer une union des forces progressistes rassemblée autour d’un candidat unique prônant des valeurs communes de justice sociale et de solidarité. Seule cette union de toutes les forces de gauche pourra, nous en sommes convaincus, nous assurer la victoire.

Toutefois, si nous voulons que ce candidat de la gauche soit le candidat des socialistes et si nous souhaitons effectivement en tant que rénovateurs pouvoir influer par nos idées sur ce candidat afin de « gouverner durablement ensemble », gardons-nous d’un ralliement effectué dans la précipitation avant investiture officielle du candidat du PS.

Car outre le fait qu’un tel ralliement ne ferait qu’accentuer les dissensions déjà nombreuses au sein du parti, celui-ci nous paraît surtout aussi inacceptable moralement que politiquement inutile.

Inacceptable moralement vis-à-vis des camarades, frappés d’ostracisme ou tenus pour quantité négligeable dans leurs sections en raison de leur choix courageux de rejoindre RM, et qui auront finalement l’impression d’avoir été trahis.
Politiquement inutile parce que le candidat investi par le PS aura crucialement besoin du soutien de toutes les composantes de la gauche, à l’extérieur comme à l’intérieur même du parti, et que les pactes scellés ou promesses faites par certains candidats déchus n’auront pas plus de valeur qu’un chèque en blanc.

D’ailleurs, quelle crédibilité accorder à un prétendant non investi par son parti et, plus largement, à un responsable politique dépourvu du soutien de tous les militants de son mouvement…

Et nous sommes très nombreux à penser que nous pèserons davantage le moment venu pour faire partager nos convictions et négocier notre soutien au candidat de la gauche en restant pour l’instant les spectateurs impassibles du combat des éléphants qui va bientôt s’engager, loin au-dessus des barrissements de la mêlée.

C’est aussi l’assurance pour nos représentants, qui seront amenés à traiter avec le vainqueur,
de pouvoir discuter d’égal à égal, soutenus par un collectif de militants unis et mobilisés dans le même sens, ouverts à toute discussion mais sans humiliation ni renoncement préalable à nos idées. D’autant que nous avons de bonnes raisons de croire que celles-ci ont déjà réussi à pénétrer les esprits d’une partie importante de la gauche.

Alors de grâce, Arnaud, ne sacrifions pas notre intégrité politique durement réprimée mais justement acquise sur un simple coup de dés en fonction de calculs purement électoralistes à court terme.

Sans aucun doute la question d’un ralliement sera débattue par notre mouvement à Fouras.

Mais cela dans un contexte biaisé par le choix déjà acté, précipité et solitaire de l’un de nos principaux responsables, alors même que tous les militants ne seront pas présents.
Un débat dont notre mouvement risque fort, si nous n’y prenons garde, de sortir
pour le moins profondément affaibli,
s’il ne signe pas tout bonnement l’acte de décès de RM.

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